Parcelles bretonnes,  © Thomas Houet, CNRS

Foncier : AFAFE
Aménagement Foncier Agricole, Forestier et Environnemental

D’où vient l’AFAFE ?

L’Aménagement Foncier Agricole, Forestier et Environnemental (AFAFE) n’a plus grand chose à voir avec son lointain ancêtre que l’on appelait «remembrement». Terme aujourd’hui banni par le code rural, changé en Aménagement Rural puis en Aménagement Foncier Agricole et Forestier (AFAF) vers les années 2000, pour s’y voir rajouter une fonction déterminante une quinzaine d’années plus tard avec la lettre E pour Environnemental.

Ce dernier ajout achève de changer la donne car à l’opposé de son aïeul «remembrement» qui voulait mettre en avant une agriculture productiviste et nourrir la France de l’époque, ses objectifs sont maintenant clairement orientés pro-environnement.

Foncier illustration

Concrètement qu’est ce qu’un Aménagement Foncier Agricole, Forestier et Environnemental ?

C’est un redécoupage et une redistribution des parcelles cadastrales à l’échelle communale ou intercommunale qui permet de regrouper et de restructurer des propriétés foncières qui étaient morcelées et disséminées. C’est une procédure de refonte complète de la propriété avec relevés et bornage (lien sur bornage)de toutes les parcelles, des zones agricoles jusqu’au centre-bourg. Il n’est pas rare que ce genre d’opération s’étende sur 5 -6 ans.

A quoi sert un Aménagement Foncier Agricole, Forestier et Environnemental ?

Basé sur un principe de développement durable, l’objectif principal reste d’améliorer les conditions d’exploitation des agriculteurs afin de retrouver un outil productif limitant leurs déplacements, facilitant leurs accès aux champs et réduisant leurs temps de gestion.

Le but de l’Aménagement Foncier ne s’arrête pas là car il vise également à préserver des corridors écologiques, prévenir les risques incendie en forêt, protéger et gérer l’hydraulique (lien sur page hydraulique) (gestion des eaux, prévention des inondations), conserver ou reconstruire des zones de protection de la faune et de la flore, mettre en valeur le patrimoine naturel et bâti de la commune.

L’Aménagement Foncier est également l’occasion de redessiner, lier et boucler les chemins de randonnées ou de VTT, desservir toutes les parcelles qui étaient enclavées.

Et à qui appartient le four situé au centre du village ? Finis les conflits sur les communs du village, tout comme sur les parties privées, car tout le cadastre de la commune est remodelé, juste au cm, borné sur tous ses côtés, avec de nouveaux titres de propriétés distribués. (à nouveau lien sur bornage ?).

Aménagement Foncier, l’agrément

Peu d’élus

Seuls les Géomètres-Experts agréés par le Ministère de l’Agriculture peuvent répondre à un appel d’offre d’Aménagement Foncier Agricole, Forestier et Environnemental.
En France, le pourcentage de Géomètres-Experts agréés reste faible puisqu’il avoisine les 5 %. En Bretagne, en 2021, seuls 2 Géomètres-Experts, dont David Nicolas, possédaient cet agrément. Un 3e Géomètre-Expert, Xavier Nicolas, est en cours d’agrément.

Comment obtenir l’agrément AFAFE

Pour obtenir cet agrément il faut monter une opération test. Sous l’égide d’un Géomètre-Expert responsable du marché, le Géomètre-Expert «apprenti» joue alors le rôle de chef de mission. Il devra alors monter et suivre une opération complète d’Aménagement Foncier en passant par toutes les procédures de A à Z. (lien vers article phase opérationelle de l’AF).
Lorsque l’ensemble des phases de l’avant-projet est abouti et qu’il aborde le projet lui-même, il pourra demander à l’Ordre des Géomètres-Experts d’être entendu par sa commission d’Aménagement Foncier. Cet examen, piloté par un président de commission lui même agréé, sera l’occasion pour «l’apprenti» de démontrer ses connaissances et sa complète implication dans l’opération.
A l’issu de cet échange, la commission émettra un avis favorable…ou défavorable. Selon cet avis, le Ministère de l’agriculture entérine alors ou non l’agrément.

 

Comment un Aménagement Foncier Agricole se met il en place ?

La mise en œuvre d’un Aménagement Foncier Agricole, Forestier et Environnemental relève de la compétence du Conseil Départemental.
C’est lui qui lance donc l’appel d’offre et en restera le maître d’œuvre mais l’initiative provient des communes qui s’inscrivent sur une liste d’Aménagement Foncier auprès du Conseil Départemental. Très souvent la demande initiale émane des exploitants agricoles de cette commune.

Pré-étude de l’Aménagement Foncier

Les Aménagements Fonciers Agricoles Forestiers et Environnementaux étant des opérations longues et économiquement lourdes, une pré-étude (anciennement «Études d’Aménagement») est initiée pour établir au préalable un diagnostic foncier et environnemental.

Rencontres sur le terrain avec les acteurs locaux, enquêtes publiques et diagnostic des exploitations vont nourrir le débat du volet agricole : Les agriculteurs sont-ils demandeurs ? Estimations des échanges possibles pour le milieu agricole, capacité suffisante du nombre d’exploitations, estimation des travaux connexes etc…

Autant de questions qui seront étudiées pour déterminer la pertinence de cet Aménagement Foncier.

Le bureau d’étude retenu pour cette pré-étude rend compte au fur et à mesure de son avancement, qui se déroule sur environ deux ans, auprès d’une commission communale ou intercommunale d’aménagement foncier (CCAF/CIAF).

Vers la fin de l’étude, un plan «périmètre» est engagé pour définir les limites de l’Aménagement Foncier. Généralement celui-ci s’étend sur la commune, parfois sur les communes limitrophes pour intérêt environnemental, passage de route, voies ferrées, etc.

Au final, Le Conseil Départemental prendra en compte l’avis consultatif de cette commission pour décider de la nécessité d’un Aménagement Foncier ou non.

Phase opérationnelle de l’Aménagement Foncier

C’est parti, le Conseil Départemental a ordonné l’ouverture de l’Aménagement foncier. Plusieurs études et actions vont donc être menées de front :
Etudes environnementales (étude d’impact (lien), études des espèces protégées) et relevés, rencontres avec les exploitants et propriétaires. Sur le volet agricole, le classement des terres* et des bois représentera une phase importante.

Avant-projet

Une fois les terres classées, un plan est réalisé avec des parcelles «coloriées» selon leur valeur qui servira de base pour y superposer l’avant-projet du nouveau parcellaire à venir. (un exemple en image serait bien)
Il est temps alors de partir en discussion pour organiser les échanges entre terres agricoles en tenant compte des problématiques d’accès aux parcelles, de chemins, d’hydraulique (lien), de respect ou de reconstruction des zones de protection de la faune et flore, des travaux connexes à prévoir, etc…
Les rencontres individuelles sur le terrain feront remonter les attentes de chacun.

Tout cela s’étale dans le temps et nécessite de présenter les travaux au fur et à mesure lors de réunions de la Commission Communale d’Aménagement Foncier afin de valider les avancements.

Cette commission est composée d’agriculteurs locaux, de propriétaires, de représentants de la Chambre d’Agriculture, du Conseil Départemental, d’élus locaux ?, du cadastre, d’associations et organisations environnementales et est validée par le président du Conseil Départemental.
C’est elle aussi qui examine les réclamations des propriétaires reçues lors d’une enquête publique. En cas de mésentente persistante, l’intérêt général prévaudra. Si le propriétaire n’accepte toujours pas, il peut alors en appeler à la Commission Départementale d’Aménagement Foncier (CDAF). En dernier recours il peut se pourvoir auprès du tribunal administratif.

Le projet

Toutes les réclamations ont été entendues, résolues et le plan de redécoupage parcellaire et des travaux connexes est maintenant entièrement validé par la Commission Communale d’Aménagement Foncier.

C’est au tour (ou est ce déjà en amont ?) de La DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) de donner un avis favorable ou défavorable au projet. L’étude d’impact (lien) et les travaux connexes prévus sur cet aménagement foncier seront examinés de près : plus question aujourd’hui d’araser un talus sans le remplacer ou de faire disparaitre une haie sans avoir prouvé derrière qu’elle ne servait pas à abriter une espèce spécifique. L’intérêt environnemental prévaudra sur celui de l’exploitant agricole.

Cet avis de la DREAL influencera hautement la décision du Préfet pour déposer ou non son arrêté de clôture de l’opération. Cet arrêté, combiné avec celui du Président du Conseil Départemental ,mettront un terme à cette phase.
Le transfert de propriété se fait alors automatiquement avec le service des hypothèques : tous les anciens titres de propriétés font place aux nouveaux titres selon les échanges prévus. Tout le cadastre est revu : de nouvelles sections et de nouveaux numéros sont redistribués et même les parcelles sans échanges sont concernées.

Classement des terres

Détermination de la valeur

Le classement des terres est le point de départ de la procédure de l’Aménagement Foncier. Pour échanger équitablement des parcelles il faut en premier lieu établir leur valeur, non pas en Euro mais en points de valeur de terre.
La terre est elle pentue, bien exposée, caillouteuse, noire ou pas etc… Autant de critères non exhaustifs, qui aideront à déterminer une valeur étalon à l’échelle du périmètre défini : pendant un mois ou plus selon la superficie, les différents secteurs sont parcourus avec les agriculteurs locaux afin de procéder par méthode dichotomique à la désignation de la meilleure terre du périmètre.
Validée par l’ensemble des acteurs dont la commission d’aménagement foncier, elle servira de point de départ pour juger les autres parcelles.
La valeur globale de la propriété peut alors être évaluée de manière impartiale en multipliant la surface de la parcelle par sa valeur de terre.

 

Les catégories

(exemple de carte avec couleurs de classement)

La terre de première classe désignée T1 bénéficiera ainsi d’un quota de 100 points à l’hectare. Ce quota sera dégressif sur les terres T2, T3 etc jusqu’à T1O ou T11 ou T12 (?).

Il en va de même pour les forêts et les bois où l’on distingue 3 catégories :
F1 feuillus,
F2 résineux,
F3 taillis (aucune idée si c’est F ou autre chose)

… et les prairies qui vont de
P1 état moyen,
P2 état médiocre,
à P3 état très dégradé.

 

2nd type d’Aménagement Foncier

trouver des médias sur déviation de Locminé

Un passage d’ouvrage d’art (voie ferrée, autoroute ou 4 voies, canal etc…) aura un sérieux impact sur l’environnement et sur l’agriculture par son emprise et son passage à travers champs.

Pour réaliser ces ouvrages, la manière la moins subtile serait de diviser, acquérir les parcelles nécessaires en expropriant les exploitants. Tout le passif du lieu serait alors ignoré et le résultat serait un gâchis aussi bien humainement qu’écologiquement parlant.

Une parcelle coupée en deux par une route peut entrainer de grosses difficultés pour l’exploitant voulant amener paître son bétail. Comme vu précédemment dans le cadre d’un aménagement foncier communal, les échanges organisés permettent d’éviter ces difficultés.

L’échelle de l’impact n’est ici plus communal mais s’étend sur toutes les communes traversées. Le déroulement de la procédure reste identique : une pré-étude est menée pour juger de la pertinence d’un Aménagement Foncier et la Commission Communale devient Intercommunale (CIAF).

Cet Aménagement Foncier ne se contente pas de quelques mètres autour de l’ouvrage mais dessine un périmètre beaucoup plus large : il n’est pas étonnant de voir un projet de 200 hectares d’emprise aboutir sur un périmètre de 3000 hectares.
Les terrains appartenant à la SAFER*, au Conseil Départemental ou aux communes peuvent ainsi être ajoutés dans la balance des échanges et minimisent par conséquent l’impact tout en profitant au regroupement et à la réhabilitation des exploitations.

L’Aménagement Foncier est donc un très bel outil pour limiter l’impact de ces ouvrages et évite aux exploitants agricoles d’être spoliés, sans possibilité de réagencer leurs exploitations.

* La SAFER : societé d’amenagement fonciere et agricole

Cette société, présente dans chaque département Français, est le garant du secteur agricole. Elle possède un grand nombre de terrains et les loue aux agriculteurs. C’est elle qui préempte ou exerce son droit de veto lors de la vente d’un terrain agricole afin de le conserver à vocation agricole.

Quelles qualités pour un Aménagement Foncier ?

Là encore, la pluridisciplinarité (lien ?) du cabinet de Géomètre-Expert sera mise en avant. Outre l’agrément spécifique du ministère de l’agriculture et toutes ses compétences techniques, le Géomètre-Expert et toute son équipe devront être plus particulièrement attentifs à la partie humaine.
Demander à un agriculteur qui connait bien son bocage de «lâcher» un terrain pour en accueillir un autre nécessitera beaucoup d’écoute, de bonne compréhension des valeurs locales et de diplomatie. Être du crû, tout du moins à l’échelle de la région, permet de bien identifier les problématiques récurrentes et les mentalités.

Même en ayant l’agrément, notre cabinet breton de souche se voit mal aller réaliser un aménagement foncier par exemple dans le milieu viticole du Bordelais. A moins d’une collaboration avec un confrère local, les frais de déplacements seraient également à prendre en compte et ne permettraient vraisemblablement pas d’effectuer l’intégralité des rencontres des acteurs locaux. Travailler en ce cas majoritairement sur plans, photos aériennes, réunions est un palliatif qui induira à coup sûr un plus grand nombre de réclamations.

Il est certain qu’une meilleure concertation entraine une négociation plus adéquate et au bout du compte une meilleure application de l’Aménagement Foncier.
Rajoutons enfin qu’un chef de mission local se sentira d’autant plus impliqué dans un projet qui préservera l’environnement proche dans lequel lui et sa famille vivent.

Pour compléter votre information sur le foncier :

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